VISION DE BORDEAUX bis…

Texte publié dans « Arts et Culture dans la Mondialisation » 

Editions Bastingage – 2013

http://www.editionsbastingage.com/
Cette ville a une très haute idée d’elle- même qui a longtemps occulté l’image, voire l’identité de la région où elle rayonne. Longtemps il  y a eu Bordeaux, une île urbaine flottant sur son fleuve, ses vignes et son histoire (avec occultation des zones d’ombres), puis rien d’autre. C’est moins vrai aujourd’hui, mais la constante référence au passé a longtemps été la marque d’un manque de dynamisme.
Pour ce qui est de son identité, l’Aquitaine n’a pas la chance d’être une zone carrefour comme Rhône Alpes, avec Lyon, ou ailleurs Lille et Marseille, ni une zone à identité culturelle très forte comme la Bretagne, ou l’Alsace. Pour ce qui est du caractère occitan du Sud-Ouest, par exemple, on pensera plus à Toulouse qu’à Bordeaux.  Bordeaux a longtemps capté à son profit la dynamique économique de son territoire. Certes, il existe d’autres centres d’attraction potentielle, mais Périgueux, Mont-de-Marsan, Agen, Pau sont des villes moyennes et le restent. Il faut descendre jusqu’à l’ensemble B.A.B. (Bayonne, Anglet et Biarritz) pour trouver un territoire de rayonnement économique.
Bordeaux souffre encore d’avoir été pendant des siècles cette île prospère coincée entre son bras de mer et le « nulle-part » des Landes, à la fois épargnée par la révolution industrielle et son corollaire, la désindustrialisation. Glorifiant ses 3 M, Bordeaux s’était repliée sur son  « quant à soi » : épicentre du triangle aquitain et moqueuse envers le désert français alentour.
Les pôles culturels aquitains ne sont pas aussi séduisants que ceux qu’offre la Provence, par exemple. Le tourisme viticole, culinaire, gastronomique, est une niche, et représente un attrait pour initiés. A tort, personne ne vient découvrir la forêt landaise en tant que telle. Bordeaux en devient une vitrine architecturale et culturelle. N’est-il pas symptomatique que le Parangon littéraire en soit encore François Mauriac, Prix Nobel de Littérature, certes, mais dissecteur de passions mortes, ethnologue d’un microcosme bourgeois déconnecté des réalités d’aujourd’hui ?
Ainsi, le tourisme, une fois dépassée les merveilles du Dix-Huitième, et les saveurs papillaires, c’est la Côte Aquitaine, heureusement bien préservée qui séduit et attire. Mais ce tourisme-là, avec ses réserves d’indiens, ne fonde pas un décollage économique voire culturel. Pas d’ « école » de peinture, pas de grands peintres depuis Odilon Redon ou Marquet. Pourtant le C.A.P.C. a eu son heure de gloire internationale. Et l’opéra, et l’orchestre… Il semblerait qu’on n’ait plus aujourd’hui les moyens d’une telle politique. Et ces moyens,  où les met-on aujourd’hui ? Il y aura la MECA peut-être, à la fois vitrine et locomotive. Mais l’impulsion reste plus bordelaise, qu’aquitaine. Pour autant, son musée des Beaux Arts est indigne de Bordeaux. Surtout quand on voit ce qu’a fait Bayonne, avec son musée Bonnat. Et que dire si l’on fait la comparaison avec d’autres métropoles régionales, ou avec l’Allemagne, que je connais bien, où chaque ville historique possède un musée des Beaux-Arts dont le moindre reste enviable.
Mais depuis quelques années, l’immobilisme semble rompu et  l’avenir de nouveau ouvert. Il y a des choses qui se font. Et après tout, la lumière, le ciel, les paysages aquitains, restent des images à la force inépuisable.
Ph. Cougrand

 

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